« C’est sûrement le stress. »
« Vos analyses sont bonnes, vous devriez vous détendre. »
« C’est normal d’avoir mal pendant les règles. »
Si ces phrases vous déclenchent un pincement au cœur ou une boule au ventre, c’est que vous avez, vous aussi, connu cette expérience douloureuse : celle de franchir la porte d’un cabinet médical avec l’espoir d’être enfin écoutée, et d’en ressortir plus démunie et plus seule qu’à l’entrée.
L’errance médicale touche particulièrement les femmes. Qu’il s’agisse d’endométriose, de fibromyalgie, du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), de douleurs pelviennes chroniques ou de maladies auto-immunes, le parcours pour obtenir un diagnostic s’apparente trop souvent à une course d’obstacles.
La double peine : la souffrance et le doute de soi
L’épreuve de l’errance médicale ne réside pas seulement dans les symptômes physiques — la fatigue accumulée, les douleurs inexpliquées ou les journées gâchées. Elle réside dans ce sentiment d’invisibilité et cette sensation perverse d’être remise en question.
À force de s’entendre dire que « tout va bien sur les clichés » ou que les symptômes sont d’origine psychologique, un doute insidieux s’installe :
- « Est-ce que je suis trop douillette ? »
- « Est-ce que mon cerveau invente ces douleurs ? »
- « Est-ce moi le problème ? »
Ce phénomène d’invalidation médicale (medical gaslighting) pousse de nombreuses femmes à minimiser leur propre ressenti, à retarder des prises en charge nécessaires, voire à abandonner complètement leur parcours de soin.
Pourquoi les pathologies féminines sont-elles si souvent sous-estimées ?
Ce manque d’écoute n’est pas toujours le fait d’une mauvaise volonté individuelle des praticiens. Il découle d’un biais historique et systémique :
- La sous-représentation dans la recherche : Pendant des décennies, la médecine et la recherche clinique ont pris le corps masculin comme norme, reléguant les spécificités biologiques et hormonales féminines au second plan.
- La normalisation de la douleur féminine : L’idée reçue selon laquelle souffrir ferait partie intégrante de la vie d’une femme (règles, grossesse, accouchement, ménopause) reste profondément ancrée dans l’inconscient collectif.
- Le raccourci de l’anxiété : Les symptômes complexes, flous ou multi-factoriels sont encore trop fréquemment étiquetés comme « psychosomatiques » par manque de temps ou de formation spécifique aux pathologies invisibles.
Comment reprendre le pouvoir sur son parcours de soin ?
Si vous êtes aujourd’hui au milieu de ce désert médical, gardez une certitude : vous connaissez votre corps mieux que quiconque. Votre douleur est réelle, et votre quête de réponses est légitime.
Voici quelques repères pour vous aider à traverser cette période :
- Tenez un journal des symptômes : Notez les dates, l’intensité de la douleur (de 1 à 10), le contexte (moment du cycle, alimentation, sommeil, activité) et l’impact sur votre vie quotidienne. Arriver en consultation avec des faits documentés aide à structurer l’échange.
- Ne restez pas face à un mur : Si un médecin minimise vos propos ou refuse d’approfondir les examens, vous avez le droit absolu de changer de praticien. Obtenir un deuxième ou un troisième avis n’est pas un manque de respect, c’est une démarche de santé.
- Appuyez-vous sur les associations de patientes : Les réseaux d’entraide et les associations spécialisées (dans l’endométriose, les douleurs chroniques, etc.) sont d’excellentes ressources pour trouver des annuaires de professionnels de santé formés, sensibilisés et bienveillants.
- Faites-vous accompagner : Quand c’est possible, ne venez pas seule aux rendez-vous importants. La présence d’un proche ou d’une personne de confiance permet d’avoir un soutien émotionnel et d’éviter que votre parole ne soit balayée trop rapidement.
Ne renoncez pas à votre vérité
L’attente d’un nom sur ses maux est épuisante, mais poser un diagnostic est la première étape indispensable pour adapter son hygiène de vie, trouver des traitements soulageants et, surtout, se réconcilier avec son propre corps.
Vous n’exagérez pas. Vous n’êtes pas folle. Vous cherchez juste à aller bien.
