Une crise d’angoisse peut être extrêmement impressionnante.
Le cœur s’accélère, la respiration devient difficile, les mains peuvent trembler, la poitrine se serre, la tête tourne, des fourmillements apparaissent… Et une pensée surgit souvent presque immédiatement :
« Qu’est-ce qui m’arrive ? »
Parfois même :
« Est-ce que je suis en train de faire un malaise ? »
« Est-ce que je vais perdre le contrôle ? »
« Et si je mourais ? »
Pourtant, derrière ces sensations très réelles se trouve souvent un mécanisme bien connu : le système d’alarme du cerveau s’est activé de manière intense.
Une alarme qui se déclenche
Notre organisme possède un système de protection extrêmement efficace.
Lorsqu’il détecte une menace, réelle ou perçue, il prépare immédiatement le corps à réagir. C’est ce que l’on appelle couramment la réponse de « lutte ou fuite ».
Le cerveau estime qu’il faut être prêt à agir.
Le rythme cardiaque augmente afin d’acheminer davantage de sang vers les muscles. La respiration se modifie. Les muscles se contractent. L’attention devient plus aiguisée.
Le corps se prépare.
Le problème survient lorsque cette alarme se déclenche alors qu’il n’existe pas de danger immédiat.
Vous pouvez être tranquillement chez vous, dans votre voiture, au supermarché ou au travail…
Et pourtant, votre organisme se comporte comme s’il devait faire face à une menace.
Pourquoi les sensations sont-elles aussi fortes ?
Pendant une crise d’angoisse, vous pouvez ressentir de nombreux symptômes :
- accélération du cœur ;
- oppression ou gêne dans la poitrine ;
- sensation de manquer d’air ;
- respiration rapide ;
- vertiges ou tête qui tourne ;
- tremblements ;
- sueurs ;
- nausées ;
- boule dans la gorge ;
- fourmillements ou engourdissements ;
- sensation d’irréalité ou d’être « déconnecté(e) » ;
- impression de perdre le contrôle.
Ces sensations sont réelles.
Elles ne sont pas « imaginaires ».
Elles correspondent à des réactions physiques provoquées ou amplifiées par l’activation du système d’alarme.
C’est justement ce qui rend la crise si convaincante.
Le corps envoie des signaux très puissants… et le cerveau cherche immédiatement à leur donner une explication.
Le cerveau peut alors interpréter la sensation comme un danger
C’est ici que le cercle de l’angoisse peut s’emballer.
Vous sentez votre cœur battre plus vite.
Vous pensez :
« Mon cœur fonctionne bizarrement. »
La peur augmente.
Le cœur accélère davantage.
Vous pensez :
« Cette fois, quelque chose ne va vraiment pas. »
Vous surveillez votre respiration.
Vous cherchez à contrôler votre corps.
Vous vérifiez votre pouls.
Vous vous demandez si vous allez pouvoir tenir debout.
Et votre attention se concentre encore davantage sur les sensations.
🔄 Sensation → interprétation catastrophique → peur → activation physique → nouvelles sensations → nouvelle interprétation.
C’est une véritable boucle.
Pourquoi a-t-on parfois l’impression de mourir ou de devenir fou ?
C’est l’une des caractéristiques les plus terrifiantes de la crise d’angoisse.
Lorsque l’activation physique devient très importante, certaines personnes ont l’impression qu’elles vont mourir, s’évanouir, perdre complètement le contrôle ou devenir « folles ».
Cette impression peut être extrêmement convaincante.
Mais ressentir que quelque chose de terrible va arriver n’est pas la même chose que le danger soit réellement en train de se produire.
Le cerveau anxieux fonctionne beaucoup avec la notion de menace.
Il ne se demande pas seulement :
« Que se passe-t-il ? »
Il peut rapidement passer à :
« Et si c’était grave ? »
Et cette interprétation augmente encore l’alarme.
Pourquoi la crise finit-elle par redescendre ?
Une crise d’angoisse ne peut généralement pas rester indéfiniment au même niveau d’intensité.
Le système d’alarme finit par ralentir.
La respiration se stabilise progressivement.
Le rythme cardiaque diminue.
Les muscles se détendent.
Les sensations s’atténuent.
Mais une autre difficulté peut apparaître :
la peur d’avoir une nouvelle crise.
Après avoir vécu un épisode particulièrement intense, vous pouvez commencer à surveiller votre corps.
« Est-ce que je sens quelque chose ? »
Puis éviter certains endroits.
Ne plus conduire seul(e).
Éviter les transports.
Refuser certaines sorties.
Toujours avoir quelqu’un à proximité.
Ou emporter des « objets de sécurité ».
Le cerveau peut alors apprendre :
« Cet endroit est dangereux. »
Et l’anticipation devient elle-même une source d’angoisse.
Faut-il lutter contre les sensations ?
C’est souvent le réflexe naturel.
On cherche à faire disparaître la crise immédiatement.
On contrôle sa respiration.
On vérifie son cœur.
On cherche des informations sur Internet.
On appelle quelqu’un.
On demande :
« Tu crois que je vais bien ? »
Ces comportements peuvent procurer un soulagement immédiat.
Mais lorsqu’ils deviennent systématiques, ils peuvent aussi entretenir la peur.
Le travail thérapeutique consiste notamment à apprendre progressivement à ne plus interpréter chaque sensation comme une urgence, à comprendre les mécanismes de l’angoisse et à modifier les comportements qui entretiennent le cercle anxieux.
Que faire pendant une crise ?
Il ne s’agit pas de se répéter simplement :
« Calme-toi. »
Lorsque le corps est en pleine alerte, cette injonction fonctionne rarement.
Vous pouvez plutôt essayer de reconnaître ce qui se passe :
« Mon système d’alarme est activé. »
« Je ressens des sensations désagréables, mais je n’ai pas besoin de les analyser une par une. »
« Je peux laisser la vague monter et redescendre sans chercher à tout contrôler. »
L’objectif n’est pas forcément de faire disparaître immédiatement chaque sensation.
C’est aussi d’apprendre à ne plus nourrir la peur par la peur.
Une crise d’angoisse mérite d’être comprise, pas simplement combattue
Une crise d’angoisse peut donner l’impression que votre corps vous échappe.
Pourtant, elle correspond à un mécanisme de protection devenu extrêmement intense.
Comprendre ce mécanisme permet de sortir progressivement du :
« Qu’est-ce qui m’arrive ? »
pour aller vers :
« Je comprends ce que mon cerveau et mon corps sont en train de faire. »
Et cette compréhension peut devenir un véritable point de départ pour reprendre confiance dans ses sensations et retrouver davantage de liberté au quotidien.
⚠️ Important
Même si de nombreux symptômes peuvent être liés à l’anxiété, il ne faut pas attribuer automatiquement toute sensation à une crise d’angoisse.
Un symptôme nouveau, inhabituel, important ou persistant, ou des symptômes qui vous inquiètent particulièrement, doivent faire l’objet d’un avis médical adapté. En cas de symptômes sévères ou inhabituels, notamment une douleur thoracique importante, une difficulté respiratoire majeure ou une perte de connaissance, contactez les services d’urgence.
Vous vivez régulièrement des crises d’angoisse, une peur permanente de vos sensations ou la crainte de refaire une crise ?
Comprendre le mécanisme est une première étape. Mais il est également possible de travailler concrètement sur les pensées, les comportements d’évitement, l’hypervigilance et la recherche de réassurance qui peuvent entretenir l’anxiété.
