« Je pourrais rester au lit toute la journée. »
Cette phrase peut sembler banale. Pourtant, lorsqu’elle devient quotidienne, qu’elle s’accompagne d’une perte d’envie, d’une grande fatigue ou d’un désintérêt pour ce qui nous entourait auparavant, elle mérite qu’on s’y intéresse.
Car rester au lit toute la journée n’est pas forcément de la paresse.
Dans certaines périodes de souffrance psychologique, le lit peut devenir le seul endroit où l’on ne demande plus rien à soi-même.
Quand tout devient trop difficile
Dans une dépression, les activités les plus simples peuvent demander énormément d’efforts.
Se lever.
Prendre une douche.
S’habiller.
Préparer un repas.
Répondre à un message.
Sortir de chez soi.
Ce qui était auparavant automatique peut soudain sembler nécessiter une énergie considérable.
La personne peut alors penser :
« À quoi bon me lever ? »
ou :
« Je n’ai pas la force de commencer ma journée. »
Ce n’est pas nécessairement un choix conscient.
La dépression peut modifier profondément l’énergie, la motivation, le plaisir et la capacité à initier une action.
Le lit devient alors une zone de protection
Le lit représente parfois un endroit où l’on peut enfin arrêter de faire semblant.
Plus besoin de sourire.
Plus besoin de répondre aux questions.
Plus besoin de travailler.
Plus besoin de prendre des décisions.
Plus besoin de gérer les attentes des autres.
On peut simplement rester là.
Et pendant quelques instants, la pression diminue.
Le problème est que ce soulagement peut progressivement renforcer l’immobilité.
Moins je fais → moins j’ai d’énergie → moins j’ai envie → moins je fais.
Un cercle peut alors s’installer.
Pourquoi rester au lit peut entretenir le mal-être ?
Lorsque nous faisons moins d’activités, nous recevons également moins de stimulations positives.
Moins de contacts sociaux.
Moins de mouvement.
Moins de lumière naturelle.
Moins de petits plaisirs.
Moins de sentiment d’accomplissement.
La journée peut alors devenir très vide.
Et ce vide laisse davantage de place aux pensées négatives :
« Je ne fais rien. »
« Je suis incapable. »
« Je perds mon temps. »
« Je devrais pourtant me bouger. »
La culpabilité apparaît.
Et la culpabilité peut donner encore moins envie de se lever.
Le cercle se renforce.
« Mais je veux aller mieux… alors pourquoi je n’arrive pas à me lever ? »
C’est une question que beaucoup de personnes se posent.
Et elle est importante.
Parce que vouloir aller mieux et ne pas réussir à agir comme on le voudrait peuvent parfaitement coexister.
La motivation n’est pas toujours le point de départ.
On imagine souvent :
motivation → action → mieux-être
Mais dans la dépression, il peut être nécessaire de travailler dans l’autre sens :
petite action → expérience → sentiment d’accomplissement → nouvelle action.
C’est notamment le principe de l’activation comportementale, utilisée dans les TCC.
Il ne s’agit pas de se lever un matin et de décider :
« À partir d’aujourd’hui, je change toute ma vie ! »
Cela risque surtout d’être décourageant.
L’idée est plutôt de recommencer par des actions minuscules et réalisables.
Se lever dix minutes plus tôt.
Ouvrir les volets.
Prendre une douche.
Boire un verre d’eau.
Sortir cinq minutes.
Répondre à un seul message.
Préparer quelque chose de simple à manger.
Une petite action peut sembler insignifiante.
Mais lorsque l’on est dépressif, une petite action est déjà une action.
Faut-il se forcer à tout prix ?
Non.
Il ne s’agit pas de nier la fatigue ni de transformer la récupération en nouvelle obligation.
Il faut apprendre à distinguer le repos dont le corps et l’esprit ont besoin de l’immobilité qui devient progressivement une manière d’éviter toute difficulté.
La question peut être :
« Est-ce que rester au lit me permet réellement de récupérer… ou est-ce que cela m’aide surtout à ne plus rien affronter pendant quelques heures ? »
Cette différence est parfois essentielle.
Et si je dors énormément ?
La dépression peut s’accompagner de troubles du sommeil très différents selon les personnes : difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, sommeil non réparateur ou, chez certaines personnes, besoin de dormir beaucoup plus.
Une fatigue importante peut également avoir des causes physiques ou médicales.
Il ne faut donc pas attribuer automatiquement une fatigue intense à la dépression.
Si cette fatigue est nouvelle, importante, persistante ou inhabituelle, un avis médical peut être nécessaire.
Commencer petit plutôt que chercher à tout changer
Lorsque tout semble impossible, l’objectif n’est pas forcément de remplir sa journée.
C’est parfois simplement de remettre un peu de mouvement là où tout s’est arrêté.
Aujourd’hui, peut-être que vous ne pouvez pas faire dix choses.
Mais pouvez-vous en faire une ?
Une seule.
Puis demain, peut-être une autre.
La sortie de la dépression ne ressemble pas toujours à un grand déclic.
Elle peut commencer par des choses extrêmement simples que personne ne remarque.
Se lever. Ouvrir les volets. Sortir quelques minutes. Recommencer à vivre, petit morceau par petit morceau.
Et surtout, ne pas transformer chaque journée difficile en preuve d’échec.
❤️ Quand faut-il demander de l’aide ?
Si vous avez de plus en plus de difficultés à vous lever, à vous alimenter, à vous laver, à travailler ou à maintenir vos relations, si vous perdez durablement tout intérêt pour ce qui vous entourait auparavant, ou si votre souffrance devient trop importante, ne restez pas seul(e) avec cela.
Un médecin ou un professionnel de santé mentale peut vous aider à comprendre ce qui se passe et à déterminer l’accompagnement adapté.
Et si vous avez des pensées de mort, de disparition ou de suicide, il est important de chercher une aide urgente auprès des services d’urgence ou d’une ligne de crise de votre pays.
Rester au lit toute la journée n’est pas forcément un manque de volonté.
Parfois, c’est le signe qu’une personne n’a tout simplement plus assez de ressources pour fonctionner comme avant.
Et plutôt que de se demander :
« Pourquoi je suis aussi incapable ? »
il peut être beaucoup plus utile de commencer par :
« De quoi ai-je besoin pour pouvoir faire aujourd’hui un tout petit pas ? »
