C’est probablement l’une des phrases que l’on se chuchote le plus souvent à soi-même lorsque l’on commence à aller mal.
On est fatigué·e, le cœur lourd, les larmes prêtes à monter pour un rien, ou l’esprit complètement embué. Et là, au milieu de la détresse, une petite voix intérieure surgit pour tout invalider : « Mais enfin, tu as un toit, un travail, des gens qui t’aiment… De quoi tu te plains ? Il y a tellement pire ailleurs. Tu t’écoutes trop. »
Ce doute permanent, c’est le piège ultime. C’est le doute qui nous pousse à ravaler notre souffrance, à nous excuser d’être épuisé·e et à faire comme si de rien n’était.
Mais pourquoi notre esprit passe-t-il son temps à minimiser ce qu’on ressent ?
Le réflexe de l’auto-censure
Pendant des années, on nous a appris à rationnaliser, à prendre sur nous, à « ne pas faire d’histoires ». On s’est construit l’idée que pour avoir le droit d’aller mal, il faudrait un drame absolu, une catastrophe incontestable.
Alors, quand la fatigue s’installe insidieusement, quand le stress du quotidien nous grignote de l’intérieur sans qu’il y ait un « événement » précis pour l’expliquer, on culpabilise. On se dit qu’on est simplement faible ou incapable de s’adapter. On retourne le couteau dans la plaie en se persuadant que notre douleur n’est qu’une vue de l’esprit.
Pourtant, la vérité est bien différente : on n’exagère jamais son épuisement.
Le corps ne ment pas
Le mental a beau douter, intellectualiser et chercher des excuses pour minimiser la situation, le corps, lui, ne sait pas tricher.
- Quand les insomnies s’installent…
- Quand la boule au ventre devient une compagne quotidienne…
- Quand se lever le matin demande l’énergie d’un marathon…
- Quand la moindre contrariété provoque une vague de larmes incontrôlable…
… ce n’est pas de la comédie. Ce n’est pas de l’exagération. C’est un système nerveux qui tire la sonnette d’alarme avec les seuls moyens qui lui restent. Votre corps ne simule pas la panne d’essence : il est à sec.
Vaincre le doute pour enfin avancer
Continuer à se répéter qu’on exagère, c’est s’épuiser un peu plus à nager à contre-courant. C’est rajouter du jugement à la souffrance, exactement comme si l’on culpabilisait quelqu’un qui a une jambe cassée de ne pas réussir à courir.
Sortir de ce cercle vicieux commence par un tout petit acte de bascule : et si, au lieu de chercher à prouver que vous avez « le droit » d’aller mal, vous acceptiez simplement ce qui est ?
- Arrêter de comparer sa douleur : La souffrance n’est pas un concours. Votre fatigue est réelle, point final. Elle n’a pas besoin d’être validée par un jury pour exister.
- Écouter le message derrière le doute : Si vous en arrivez à vous poser la question de savoir si vous exagérez, c’est déjà la preuve que quelque chose gronde et demande à être écouté. On ne doute pas de sa fatigue quand on est en pleine forme.
- S’offrir la permission de lâcher les armes : On a le droit d’être fatigué·e. On a le droit de ne plus y arriver, de traverser des zones grises et d’avoir besoin d’aide, tout simplement.
On ne devrait jamais avoir à se battre contre soi-même pour avoir le droit d’aller mal. Et surtout, on ne devrait pas avoir à traverser cette tempête en solitaire.
Si vous passez votre temps à douter de votre légitimité tout en vous sentant sombrer un peu plus chaque jour, sachez qu’il existe un endroit neutre, sécurisant et bienveillant où l’on ne vous demandera jamais de prouver quoi que ce soit. Juste de déposer votre sac, enfin.
